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Acteurs et Mediations dans la Resolution et la Prevention des Conflicts en Afrique de l'Ouest

23 Nov 2004 - 09:07

Introduction

La prolifération des conflits en Afrique a suscité simultanément la mise en place des mécanismes de leur résolution et de leur prévention. Dans ce processus, les différentes institutions locales, régionales et internationales chargées de la paix sont intervenues et interviennent aux différents niveaux où ces conflits émergent autant qu'elles essaient de mettre en place des systèmes de prévention mieux adaptés. La récente Déclaration du Caire1 instituant un mécanisme de prévention, gestion et résolution des conflits au sein de cette organisation panafricaine constitue un pas certain qui comptabilise l'apport des expériences des organisations sous régionales autant qu'elle prend en compte les rapports évoluant entre l'Afrique et la communauté internationale à la suite de la fin de la guerre froide. Elle répond aussi de l'existence de nombreux conflits latents et émergeants en Mique de l'Ouest qui connaît une paix internationale négative contrastant avec de violents conflits domestiques, pour reprendre l'expression de Kakowicz (1997). Si, pour l'Afrique, l'étude des conflits et leur résolution sont importantes, leur approche et analyse en amont, soit la prévention, deviennent une nécessité, voire une urgence face, d'une part, au coût humain et matériel qu'endurent ses régions et pays déjà pauvres pour la plupart; de l'autre, face au développement et aux changements récents des rapports et du sens même de l'intervention internationale dans le monde, où la nouvelle politique du containment s'est révélée très désastreuse pour l'Afrique. Elle s'est révélée une simple déréliction du continent et une intervention à moindre coût financier mais au prix de massacres tacitement autorisés.2

Cette intervention minimale des Nations-Unies fut d'abandonner sa tâche à la CEDEAO sans moyens. Dès lors, l'intervention américaine qui a rétabli au pouvoir le président haïtien démocratiquement élu et déposé par une junte militaire dans le contexte global, prend ici son sens réel.

Elle nous a montré la face naissante de cette nouvelle politique internationale autant qu'elle a été aussi le dernier acte vigoureux de la communauté internationale puisque Haïti, cette plaie suppurante, se localisait à ses flancs. La pression de la communauté noire jusqu'au Congrès fustigeant l'injustice et le racisme dans la politique d'immigration nationale et sa politique internationale de deux poids et deux mesures y sera plus déterminante que les raisons d'une paix mondiale effective. Toutes ces métamorphoses politiques, géostratégiques, ont des implications au niveau des paradigmes et ont nécessairement entraîné un changement épistémologique qui mérite aussi une analyse approfondie dans une perspective globale et régionale avec l'éclosion d'une nouvelle géopolitique africaine en marche (Bach et Sindjoun 1997). Les agitations du Nigeria, de l'Ouganda et de l'Afrique du sud sur le continent en dressent les lignes de forces. Même vues sous l'angle d'une «Pax Africana», elles relèvent certes et avant tout de l'affirmation des pôles régionaux de puissance que de la simple logique d'une prise en charge des Etats «faibles» ou «défaillants» par d'autres plus puissants. Cette logique et ce processus font valoir effectivement le principe d'une auto-colonisation africaine (Mazrui 1997) contre lequel s'insurgea C. Taylor sept années durant et qui consacra la fin de la Mission ECOMOG au Libéria (cf. infra).

Cette étude préliminaire des acteurs et mécanismes dans la prévention des conflits en Afrique de l'Ouest repose sur une approche essentiellement documentaire et une recherche de terrain minimale au Mali et aux sièges de la CEDEAO et du bureau de l'OUA, à Lagos. Les conflits dans cette région peuvent être catégorisés en fonction de plusieurs critères et selon les différentes approches autant qu'ils le sont déjà en fonction des buts poursuivis par les auteurs et chercheurs (Bennet 1996). Les classifications et catégorisations émergent aussi à l'intersection des causes, types de conflits et des thérapeutiques reflétant surtout un enchevêtrement des registres qui invite à éviter leur simplification (Zartman 1997; Biaya 1998a).

L'étude privilégie la mise à jour des différents et variés acteurs et institutions aux trois niveaux régional, inter-étatique et intra-étatique où se déroulent les différents conflits et leur résolution d'une part, et de l'autre, elle s'attachera à voir leur place centrale au sein du champ de la prévention réactive et pro-active de ces conflits. Elle se concentre sur les acteurs, les pratiques, les mécanismes, les mandats, stratégies et institutions intervenant et leur complexité dans ce processus à chaque niveau. Sans se substituer à quelque étude de cas de conflits, cette contribution focalisée sur les acteurs et les institutions les étudie d'abord aux niveaux et champs politiques où opèrent ces pratiques de prévention. Avec les développements récents qui ont érigé une niche dans la sphère politique de l'Afrique occidentale où la société civile se fait de plus en plus visible avec ses revendications démocratiques et intervient dans la résolution des conflits (Fowler 1993), cette étude pécherait si elle ne cherchait pas à comprendre la place et le rôle que la société civile occupe dans cette arène en analysant les rapports que ce couple «Etat-société civile» a entretenus dans ce champ de prévention. Toutefois, une attention ne devra être faite qu'aux acteurs et aux organisations non gouvernementales ainsi que les institutions issues de cette composante, qui ont été réellement impliquées dans le processus à l'étude. Même si l'étude est régionale, elle ne manque pas de nous montrer les implications continentales et internationales qui s'y déroulent et y prennent place à travers les divers acteurs et institutions émanant de lieux divers et disséminés dans le monde.

Dans sa démarche analytique à cinq étapes, l'étude se focalisera sur les mécanismes impliqués dans la résolution, les mandats des acteurs et institutions, les méthodes de travail et procédures, les résultats auxquels ils ont abouti (soit succès ou échec) et, enfin, la mise à jour des pratiques de prévention que ces acteurs et institutions tentent de mettre en place. Dans cette seconde partie du travail, les variables indépendantes qui sont certes la culture politique et les structures ou la complexité du processus politique occupent une place de choix pour mieux saisir le fonctionnement et l'enchaînement du processus en marche sans l'isoler de l'ensemble du phénomène l'ayant sollicité. L'étude sur les «Causes des conflits en Afrique de l'Ouest» menée par Clingendael ayant déterminé les neuf facteurs - clés aura servi de document consultatif à cet effet.3 Dans ce paragraphe, nous avons accordé une place importante au processus malien pour deux raisons majeures: les enquêtes de terrain ont fait ressortir la participation collective dont l'empire est très riche. La seconde raison réside dans l'originalité du cas qui vient renchérir sur la première et illustrer un modèle de prévention alternatif reposant sur des chaînes symboliques et des ressorts endogènes. Enfin, la troisième partie propose une synthèse : une comparaison de différents acteurs et institutions impliqués dans le processus de résolution/prévention des conflits. Les trois unités seront comparées entre elles dans le respect de la même approche méthodologique. Dès lors, apparaît une possibilité d'établir des conclusions basées sur une structure comparative et systématique.